12 juil. 2011

Le Picoleur – salon de dégustation des Brasseurs du Monde



Le monde de la bière artisanale se porte probablement bien puisque St-Hyacinthe compte maintenant sur une deuxième microbrasserie sur son territoire. Ceci lui confère un nombre de brasseries par habitant nettement supérieur au bourg voisin qu’est Montréal, dans la mesure où nous ne considérons pas qu’un Maskoutain est nécessairement plus habitant qu’un Montréalais.



Peu de temps après son ouverture, nous avons visité le salon de dégustation Le Picoleur sur les lieux de la brasserie. Nous avons immédiatement été frappés par l’ampleur des locaux, établis dans un parc industriel qui fournira une portion importante du bassin de clientèle visé par les tenanciers d’un Picoleur relativement éloigné des principaux axes commerciaux de St-Hyacinthe. La brasserie est munie d’équipement neuf et d’un espace suffisant à faire rougir les plus beaux success stories microbrassicoles québécois. La capacité d’expansion n’est rien de moins qu’impressionnante pour un nouveau projet et manifestement, l’ambition est au rendez-vous pour la jeune équipe qui comporte plusieurs membres bien connus du milieu.



Au Picoleur, la sélection est pour l’heure limitée à une India Pale Ale qui a été servie au Mondial et la Bière et à la « Gamme Sympathique », trois bières, Blanche, Blonde et Rousse, bien exécutées, mais plutôt populistes afin d’aborder le marché sans froisser les gens. La Blanche, bien fraîche malgré ses épices peu subtiles, nous a paru la plus aboutie du lot. L’India Pale Ale ne fait pas dans le nuancé, sa base maltée étant corpulente à la manière de la plupart des exemples québécois et son amertume poignante dominant les composantes aromatiques de ses houblons. La Blonde et la Rousse s’avèrent des bières de soif honnêtes. Cependant, outre le penchant plus sec et rôti de la Rousse, elles ne se distinguent pas de façon marquée de leurs concurrentes, les principales étant les gammes de base d’AMB (moins propres et plus fruitées) et des Trois Mousquetaires (plus captivantes lorsque bien fraîches). Franchement, pour la blonde, c’est un peu dommage. Nous avions là un brasseur qui proposait une Blonde s'apparentant aux bières de fermentation basse, un concept qui avait tout pour plaire aux auteurs de ce blogue, mais bien que sans défaut, cette Blonde demeure peu expressive de ses malts et bien subtile de ses houblons tout en ne présentant pas la texture très sèche et croustillante des meilleurs exemples. Il semble que les excellentes blondes de base soit l’affaire des broue-pubs (Petite Munich, Élixir Céleste, Montréal Hell, Germaine…) ou des artistes peu soucieux des coûts (Ostalgia Blonde). Bref, pour l’heure, les Brasseurs du Monde ne s’adressent peut-être pas encore aux amateurs cherchant à sortir des sentiers battus. Cette situation risque toutefois de changer. Dès la fin de l’été, une deuxième gamme de produits devrait être commercialisée, Stout et IPA inclus. Par la suite, des produits saisonniers, au gré de l’imagination créative du brasseur et de son assistant, apparaîtront fréquemment sur les tablettes, visant davantage à séduire les aventuriers de l’orge et du houblon.



Pour en revenir au salon, la microbrasserie ne semble pas avoir l’ambition de fournir des produits différents au Picoleur par rapport à sa gamme embouteillée. De plus, la nature des locaux, quoique agréablement décorés et meublés pour une brasserie ne visant pas à s’établir comme broue-pub, se prête davantage à des événements corporatifs qu’à une clientèle touristique ou gastronome. N’empêche, l’établissement fournit une opportunité facile d’accès de découvrir leur gamme entière, opportunité facilité par sa proximité de l’autoroute 20. Simplement, il est peut-être préférable d’attendre que la gamme se trouve élargie davantage avant d’aller la découvrir. Il faudra aussi voir si Le Picoleur parvient à fidéliser une clientèle plus régulière à mesure qu’ils auront été en mesure de se faire connaître par les Maskoutains, ce qui pourrait alors justifier l’instauration d’un menu de boustifaille plus élaboré justifiant une visite plus prolongée. Par contre, pour avoir un aperçu des projets de cette nouvelle brasserie et de ses ambitions, rien ne vaudra une visite au Picoleur alors que sa clientèle n’est pas encore bien établie. Le personnel se montre on ne peut plus sympathique et généreux de leur bonne compagnie.






Vivement le prochain feuilleton de cette jeune saga.


6 juil. 2011

Freiburg im Breisgau et les brasseries de la Forêt Noire allemande


La brasserie Feierling ne pourrait pas jouir d'un emplacement plus idyllique



À chaque chant du coucou, qu'il provienne de ces horloges traditionnellement fabriquées dans la forêt noire ou de votre imaginaire assoiffé, il est possible, à Freiburg im Breisgau, de déguster une nouvelle bière. Mais, si comme nous vous tenez à votre santé, mieux vaut étaler le plaisir sur quelques jours. Que ce soit dans les brouepubs de cette ville verte, dans les nombreux bars de son centre médieval ou à partir des kiosques extérieurs du coin Oberlinden, plusieurs bières locales différentes sont disponibles fraîches dans un environnement charmant réservé aux piétons et aux bicyclettes.




La Schwabentor, devant laquelle les kiosques et terrasses de la Oberlinden s'installent en soirée



Outre les satisfaisantes Martin’s Bräu, Alpirsbacher Kloster et Waldhaus, qui brassent toutes de bien admirables Pilseners, les bières de 4 brasseries de la forêt noire nous ont charmées. Vous pouvez bien évidemment aller les déguster sur place, mais si vous préférez demeurer à Freiburg im Breisgau, vous les trouverez toutes dans un état inspirant.



Voici donc sans plus tarder nos coups de cœur de la région, surtout reconnue pour son jambon et son gâteau au chocolat et aux cerises macérées dans le kirschwasser:



Hausbrauerei Feierling, à Freiburg im Breisgau




Avec possiblement le plus beau biergarten de la ville, sous les marronniers, à quelques pas d'un canal rappelant ceux de Venise, il est difficile de ne pas tomber sous l'emprise de ce brouepub. Décidément, côté emplacement, Feierling est dur à surclasser. Et la seule bière de la maison est toute aussi séduisante. Soyeuse et douillette comme plusieurs pilseners tchèques non filtrées, donc moins sèche que la Pilsener allemande moyenne, la Insel Hopf de Feierling se laisse boire et déguster à coups de grandes pintes. Foin, citron et herbes se succèdent sur le palais, toujours relevés par un petit coussin de sucre bien agréable.



Badischen Staatsbrauerei Rothaus, à Rothaus




Près de Grafenhausen, dans la campagne de la forêt noire, vous pourrez trouver le gasthof de cette brasserie des plus impressionnantes. Si vous ne disposez pas d'une voiture ou d'un conducteur designé, ne désespérez pas. Rothaus est une brasserie étatique (comme les plus connues Weihenstephaner et Hofbräuhaus de Munich) et leurs trois bières sont distribuées en bouteille un peu partout dans le sud-ouest de l’Allemagne. Celles-ci sont élégantes et fragiles, comme la majorité des lagers allemandes d'ailleurs. Il vaut donc mieux les découvrir ici, dans leur région natale. La Pils, même en bouteille, nous fait frémir de sa délicatesse, renfermant une complexité houblonnée surprenamment longue en bouche. Leur Weizen est toute aussi impeccable en plus d'être munie d'une personnalité citronnée se démarquant des Weizens classiques. À noter que leurs bières possèdent des noms différents lorsque embouteillées dans de petits formats. La Pils devient Tannen Zäpfle et la Märzen Export devient Eis Zäpfle...



Ganter Brauerei, à Freiburg im Breisgau




Sur la courue Münsterplatz, à l’ombre de l’énorme cathédrale qui domine le square de la capitale de la forêt noire, vous trouverez le brauereiausschank de cette brasserie régionale. C'est ici que vous pourrez déguster leur Wodan, une Doppelbock diplomatique et complexe. Elle est servie au fût l’année durant, chose très rare dans une Allemagne brassicole qui vit au cours des saisons. Son nez de pruneaux, de caramel et de fruits rouges mène à un admirable corps non gorgé par les sucres résiduels, chose inhabituelle pour le style. On prend plaisir à la boire autant que la Urtrunk de la maison d'ailleurs. Cette derniàre, une lager non-filtrée, est un bel exemple d'une biàre rurale, empreinte d'un caractère levuré rappelant le pain, équilibré par des houblons herbacés et épicés. On se croirait presque dans la campagne franconienne...



Löwenbrauerei Elzacher, à Elzach




Le village d'Elzach est facilement accessible de Freiburg en empruntant un train. C'est là-bas que vous dégusterez dans leur meilleure condition les bières de cette petite brasserie. Leur Weizen (nommée Der Weisse Löwe, ou le lion blanc) et leur Kräusen Pils (non filtrée, issue d'un assemblage de jeune pils et de pils mature) possèdent toutes deux la signature de la brasserie. Elles possèdent une sécheresse plaisante, une effervescence marquée ainsi qu'une touche rustique provenant surtout des levures et des conditions de fermentation. Leurs bouteilles sont presque impossibles à trouver à Freiburg (essayez le Hauck Getränkemarkt sur Günterstalstrasse) et les bières, définitivement absentes des bars de la ville. Qu'à cela ne tienne, les produits de cette brasserie méritent d'être explorés en priorité lors de votre séjour dans la forêt noire allemande. Chasseurs de grands crus expérimentés, celle-ci est pour vous!





La semaine prochaine, on squatte à Cologne, le pays de la Kölsch!



1 juil. 2011

Les bières de Het Anker disponibles en importation privée

La brasserie Het Anker, pour ceux qui la connaissent moins, ravira tout amateur de bières belges capiteuses, épicées et chaleureuses, généreuses en sucres résiduels. Leurs multiples brunes figurent d'ailleurs très haut au palmarès des bières belges les plus accomplies. Que ce soit pour célébrer une soirée fraîche ou pour se réchauffer le gosier en hiver, la gamme Gouden Carolus (appelée Carolus d'Or pour le marché francophone) ne cesse de séduire les dégustateurs en quête de complexité et de saveurs abouties. Bonne dégustation!

Carolus d’Or Classique (8,5%)
Gouden Carolus Classic
Une brune liquoreuse aux accents prononcés de raisin sec, de rhum brun, de réglisse et de malts rôtis. Sucrée, mais atténuée en bouche par une chaleur d’alcool, cette grande bière n’a rien à envier aux bières trappistes si réputées.

Carolus d’Or Triple (9%)
Gouden Carolus Tripel
Plus chaleureuse et ronde que la Tripel moyenne, cette version de Het Anker possède tout de même des esters fruités alléchants aux côtés de houblons herbacés. Ses sucres résiduels sont peut-être plus importants qu’une Westmalle Tripel, mais elle ne sombre jamais dans l’excès.

Carolus d’Or Ambrio (8%)
Gouden Carolus Ambrio
Une belge ambrée dans laquelle sévit un équilibre savoureux de houblons épicés, d’esters fruités et de malts subtilement caramélisés. Élégante, elle sait rallier des épices subtiles à un caractère de levure marqué.

Carolus d’Or Hopsinjoor (8%)
Gouden Carolus Hopsinjoor
Voici une cousine de la Houblon Chouffe, cette blonde forte belge qui marie les houblons hyper aromatiques et amers du nouveau monde aux fermentations typiquement belges. Les houblons citronnés et épicés poussent sur des céréales aux allures de paille craquante avant de plonger dans une amertume poignante.

Carolus d’Or Noël (10,5%)
Gouden Carolus Christmas
Un bonhomme au pain d’épices fond dans des malts chocolatés enveloppés de sucres réglisses et poivrés. Une recette festive, parfaitement exécutée, qui réchauffera les papilles et les cœurs de toute âme ouverte d’esprit. Un des chefs d'oeuvres de la maison.

Carolus d’Or Grand Cru de l’Empereur Bleu (11%)
Gouden Carolus Cuvée Van de Keizer Blauw
Massepain et alcool boisé enveloppent une confiture de fruits noirs (prunes, dates, cerises, raisins) dans un corps décadent qui nous force à respecter l’empereur. Puis, si votre curiosité vous pousse à goûter plus loin, vous y trouverez peut-être tabac, rhum brun, réglisse, chocolat, etc. La profondeur de cette bière est inouïe. 

Carolus d’Or Grand Cru de l’Empereur Rouge (10%)
Gouden Carolus Cuvée Van de Keizer Rood
Forts du succès fulgurant de la Grand Cru de l’Empereur Bleu, la brasserie Het Anker récidive avec une bière qui se veut du même acabit. Séduisante de son profil anisé fermement planté dans des malts bien miellés, cette bière présente peut-être moins de complexité que sa consœur plus foncée, mais elle demeure toute aussi chaleureuse.

Maneblusser  (6%)
Sûrement la bière la plus facile d’accès de cette commande, cette blondinette rafraichit de ses levures typées et de son équilibre de malts miellés et de houblons herbacés.

Lucifer (8%)
Ceux qui l’ont connu il y a plusieurs années dans les dépanneurs du Québec sauront ravis de savoir que la recette de la défunte brasserie Riva a été obtenue par Het Anker. Difficile de comparer avec justesse avec la version feu Riva sinon que Het Anker a souvent tendance à laisser les sucres parler, ce qui n’était pas nécessairement le cas de la version de Riva. Vous aurez donc droit à une blonde forte qui se veut inspirée de la grande Duvel. Toute une tâche à accomplir, si vous voulez notre avis...

30 juin 2011

Guide de voyage brassicole - L'Allemagne



  
Pas moins de 1300 brasseries. Des siècles et des siècles d’histoire brassicole. Une multitude de types de bières créés, encore brassés aujourd’hui bien au-delà de ses frontières. Certains disent qu’aucun autre pays n’a autant influencé la planète-bière que l’Allemagne. Son statut est tel que la « bière allemande » tente de se faire reconnaître par l’UNESCO comme faisant partie du patrimoine mondial immatériel.

Évidemment, il serait ridicule et ambitieux de prétendre vouloir faire un survol compréhensif et critique de toutes les brasseries du pays germanique. Steve Thomas, auteur du Good Beer Guide to Germany, signe dans son livre une liste gargantuesque de chaque brasserie allemande, mais ne se targue pas de toutes les avoir dégustées. Son foie le remercie sûrement. De notre côté, nous ne prétendons pas non plus avoir foulé le sol de toutes les régions ou avoir bu toutes les bières d’une région visitée. Il faudrait une vie entière consacrée uniquement au pays germanique afin de réussir cet exploit. Toutefois, après trois voyages brassicoles en Allemagne dans les six dernières années, nous croyons pouvoir vous élaborer un guide qui sera utile à la très grande majorité des amateurs de bières visitant le pays. Vous nous en donnerez des nouvelles!


C’est au long d’une quinzaine d’articles donc que nous vous détaillerons nos coups de cœur allemands, comme il fût le cas pour nos autres guides brassicoles sur ce blogue, classés par région urbaine. Le pays est si dense et si peuplé en brasseries qu’il mériterait de multiples ouvrages à lui seul. Mais bon, nous nous disons qu’une quinzaine d’articles suffiraient pour convaincre n'importe quel dégustateur de bières que l’Allemagne se doit d’être prise au sérieux dans toute conversation bièrologique ou toute planification de voyage.

Nous commencerons tout d’abord la semaine prochaine par une région souvent oubliée par les bièrophiles, mais qui possède un lot très intéressant de grands crus : la Forêt Noire. À vos jambons, la Pils coulera à flot!

Tschüss! 

26 juin 2011

La nouveauté à tout prix



Notre dernier article, Goûter 365 bières en une année, avait pour mandat de fournir quelques trucs pour faciliter la tâche de ceux qui cherchent à étendre l’étendue des bières qu’ils ont essayées. À notre avis, c’est une excellente approche pour tout dégustateur que de se frotter à la nouveauté de la sorte, de manière à laisser le monde de la bière le surprendre et à en suivre l’évolution. De plus, les dégustateurs se dotent ainsi d’un cadre de référence à partir duquel ils sont mieux à même de déterminer des bières qu’ils préfèrent. Par la suite, ils peuvent faire des choix plus éclairés en fonction de leurs préférences personnelles, maintenant beaucoup plus claires. Certains consommateurs poussent toutefois cette pratique à l’extrême. Face aux tablettes bien garnies d’un détaillant spécialisé, ils choisiront toujours cette bouteille qu’ils n’ont jamais essayée auparavant, laissant derrière de nombreuses bières qu’ils adorent et ne se lassent pas de vanter à qui mieux mieux.

L’explication de ce comportement tient probablement à une application quelque peu tordue de la loi de l’utilité marginale décroissante selon laquelle chaque unité supplémentaire d’un même bien apporte une satisfaction moindre que celle qui la précède. En étirant cette loi économique dans ses plus profonds retranchements, nous pouvons imaginer que pour le dégustateur avide de nouveautés, acheter la même bière plus d’une fois apporte beaucoup moins de plaisir que de se procurer une nouveauté. La nouveauté peut combler cet esprit du collectionneur qui sommeille en nous, esprit pour lequel une nouvelle bière comporte une valeur ajoutée en ce qu’elle représente la conquête de l’inconnu, comme l’atterrissage d’un avion dans un pays que nous n’avons encore jamais visité. Ultimement, certains dégustateurs préféreront une vie d’aventuriers et accorderont plus d’importance à la nouveauté alors que d’autres se montreront plus casaniers dans leurs habitudes. Entre ces extrêmes, il existe une multitude d’équilibres et les prochains paragraphes vous aideront à mieux cerner le nôtre.

Sincèrement, nous sommes déjà passés par cette phase de recherche de la nouveauté à tout prix. C’est une période très mouvementée et riche en apprentissages dans une carrière de dégustateur. Cependant, nous optons maintenant pour davantage de modération à l’égard de l’achat systématique de tout nouveau produit. L’objet du reste de cet article est d’en fournir quelques justifications.

Premièrement, certaines brasseries produisent malheureusement des produits de piètre qualité. En achetant régulièrement leurs nouvelles offrandes, nous contribuons à leur survie. Et leur survie enlève des parts de marché aux nombreuses microbrasseries qui méritent davantage de succès tout en décourageant certains néophytes dont le premier contact avec la bière artisanale est peu concluant puisque la saveur de comptoir de pharmacie ou une bouteille qui se vide d’elle-même à l’ouverture ne constitue pas un pas en avant.

Ensuite, la quantité de nouveautés est nettement supérieure en 2011 par rapport à ne serait-ce que quelques années auparavant. Ce faisant, l’intention noble d’être au-dessus de ses affaires et d’avoir essayé toutes les bières disponibles sur les tablettes du Québec n’est carrément plus possible. Or, tenter de presque tout essayer est loin de fournir la même motivation que de réussir à tout essayer.



Par ailleurs, sans nécessairement compter nos consommations, nous considérons que celles-ci demeurent relativement limitées. Outre lors de périodes exceptionnelles comme des vacances à l’étranger (dans ces moments de grâce, la recherche de la nouveauté reprend souvent le dessus!) ou des festivals de bière, nous limitons notre consommation à des seuils qui pourraient être jugés raisonnables. Le mardi soir typique est rarement arrosé de plusieurs bières différentes. Or, pour parcourir le déferlement impressionnant de nouveautés qui défilent sur le Québec, il faudrait soit accroître notre consommation au-delà d’un niveau qui nous semble confortable, soit délaisser complètement tout ce qui n’est pas nouveau. Ceci nous amène à la prochaine raison… Nous tenons à visiter régulièrement certains produits qui nous font vibrer! Après plusieurs années de dégustation, certaines bières se sont bien établies au sommet de nos hiérarchies personnelles. Ce qui est intéressant dans tout ça, c’est que ce ne sont pas toutes des bières difficiles à dénicher. Qui plus est, après avoir essayé plusieurs milliers de bières, il est peu risqué d’assumer que nos favorites ont été bien soupesées, étudiées sous toutes leurs coutures et sont réellement des produits d’exception à nos papilles. Il serait ridicule d’avoir travaillé fort à établir une base de référence d’une certaine profondeur en essayant plusieurs produits sans, par la suite, tirer bénéfice des bières qui ont marqué nos parcours en les revisitant fréquemment.

Il faut toutefois demeurer conscient que notre bagage de dégustateur est en continuelle évolution, tout comme les modes parmi les brasseurs et leur clientèle. Nos goûts changent aussi de manière bien perceptible au fil des mois et des années. Il convient donc de revisiter, occasionnellement, certains produits qui nous ont plus ou moins charmé afin de tester la robustesse de nos références. Nous continuons donc à essayer quantité de nouveautés, avec une attention particulière pour certaines brasseries qui nous ont offert de beaux moments par le passé. Ce faisant, nous avons toujours espoir d’être séduits par une nouveauté qui s’intégrera à notre palmarès de bières immensément agréables que nous voudrons visiter à répétition. Après tout, la polygamie est mieux acceptée par les bières québécoises que par les femmes, surtout quand on paie pour leurs services.

21 juin 2011

Goûter 365 nouvelles bières en une année

Vous ne comprenez pas votre ami qui s’acharne à escalader les plus hauts sommets du monde, ou cet autre qui prend l’avion trois fois par année pour aller se démener à courir des marathons? Et bien, c’est leur vie, ils en font ce qu’ils veulent. Ayant retenu une passion un peu plus modeste, la bière, vous-même, comment pourriez-vous Accomplir avec un grand « A » ? Quelles réalisations pourriez-vous tirer de votre passion pour la bière de manière à ne pas crouler sous la honte lorsque vos amis vos déballeront la longue liste d’épicerie de leurs accomplissements estivaux? Pourquoi ne pas leur clouer le bec en leur faisant part de votre nouveau défi? Pourquoi ne pas tenter de déguster 365 bières différentes en 365 jours? Impossible? Bien sûr que c’est possible et c’est en fait beaucoup plus facile qu’il n’y paraît. Vous aurez ainsi à votre disposition le récit de cet exploit à raconter à vos aïeuls sans même avoir eu besoin d’y investir les efforts démesurés de ceux qui se collent à des défis plus exigeants, et ces pauvres loups n’en auront pas moins qu’un seul défi à raconter!

Ainsi donc, comment mettre la main sur 365 bières différentes en une année? Voici quelques-uns de nos meilleurs trucs.

Profiter de ces collègues et parents qui voyagent
Votre sœur part en voyage pour les deux prochains mois et vous avez peur de vous ennuyer? Rassurez-vous en voyant l’aspect positif de ce départ, le pays dont elle foulera la terre présente sans doute plusieurs opportunités de mettre la main sur des bières qui ne sont pas disponibles au Québec. Facilitez la tâche de votre soeurette en lui fournissant quelques adresses de magasins où elle risque de tomber sur une rareté qui s’insère bien entre deux gaminets d’une valise qui ne demande qu’un léger excédent de poids. Des sites Internet comme www.ratebeer.com et www.beeradvocate.com vous aideront à trouver ces magasins de perles rares un peu partout dans le monde. Le désavantage : sachant qu’elle vous ramène un souvenir, vous vous ennuierez encore bien davantage de votre sœur…

Les festivals de bière
Au cours des dernières années, nous avons assisté à la prolifération des festivals de bières en sol québécois. Plusieurs festivals plus régionaux ont joint les rangs des pionniers que sont les fêtes de Chambly et de Montréal (Mondial de la Bière). Ces événements permettent de découvrir des dizaines de brassins différents en quelques jours.

Visiter fréquemment les broue-pubs
Certains broue-pubs produisent une impressionnante quantité d’offrandes distinctes au cours d’une année. Des endroits comme le Trou du Diable, le Cheval Blanc ou encore Dieu du Ciel! donnent à leurs habitués l’opportunité d’essayer au moins une trentaine de cervoises variées le temps de quatre saisons.

Les magasins spécialisés
Tout comme les broue-pubs, les brasseurs québécois qui embouteillent sont plus nombreux et mieux distribués que jamais. Dans les meilleurs magasins de la province, on doit bien voir déferler une centaine de nouveaux produits lors d’une année. Le visiteur assidu peut donc y combler une bonne portion de son défi annuel.

Profiter de nos déplacements et des douanes généreuses
Amateurs d’escalade, de musées ou autres détenteurs de passions étrangères à la bière, sachez que le Québec n’est pas la seule région bien nantie en fait de microbrasseries. Si vous vous rendez à New York pour un spectacle de Broadway, rien ne vous empêche de terminer la soirée dans un des nombreux bars à bières de la ville. En fait, où que vous alliez, il y a de bonnes chances que votre chemin puisse comporter une escale dans un magasin ou une brasserie vous permettant d’aller chercher quelques conquêtes parmi les 365 recherchées.




Le magasin Half Time de Poughkeepsie, New York, offre plus d'un millier de bières différentes



Ce qu’il y a de plus fantastique pour l’amateur de bière qui voyage, c’est que les douanes canadiennes s’avèrent nettement plus avantageuses pour la bière que pour les autres types d’alcool. Une caisse entière peut être exonérée de toutes taxes pour chaque personne ayant séjourné plus de 48 heures à l’étranger. Votre fin de semaine au Vermont pourrait donc vous rapporter plusieurs dizaines de conquêtes, surtout si vous vous emparez du quota de votre généreuse douce moitié…

Deux têtes valent mieux qu’une, mais trois valent mieux que deux
La méthode la plus efficace (et la plus agréable!) d’apprécier un défi est souvent de le partager. Après tout, si vos collègues trouvent votre intérêt pour la bière à tout le moins surprenant, cela ne signifie pas pour autant que vous êtes seul dans le bateau. À preuve, vous n’étiez sûrement pas le seul client du dernier broue-pub où vous êtes allé. Si les amateurs de bière ne pullulent pas déjà votre cercle d’amis, il serait avisé de convertir les amis que vous avez déjà ou encore d’y intégrer de nouveaux membres amateurs de bière. Vos soupers pourront alors devenir de véritables petits festivals où tous partagent allègrement les bouteilles qu’ils ont rapporté de leur dernier voyage. Du coup, au lieu de découvrir deux nouvelles bières dans la solitude, vous en découvrirez beaucoup plus tout en ayant du bon temps.

En appliquant ces quelques conseils systématiquement, vous aurez tôt fait d’accomplir votre objectif. Dans un prochain article, nous discuterons toutefois de la recherche de la nouveauté à tout coup et des dangers qu’elle comporte.

16 juin 2011

La saison des bières de soif

Lorsque les températures extérieures font perler la sueur sur nos fronts autant que l'eau sur un verre bien froid, cela ne signifie qu'une chose pour nous: c'est la saison des bières de soif! Loin de nous l'idée de dénigrer toute bière plus corpulente mais, à ce moment-ci de l'année, les sucres résiduels bien ronds nous paraissent plus lourds qu'à l'habitude. La chaleur d'alcool nous parait plus abrasive que lorsque nos soirées sont fraîches. On ne peut rien n'y faire. L'appel des bières de soif résonne dans nos gosiers.

Mais qu'est-ce qu'une "bière de soif"? Tout simplement, une bière, peu importe son origine ou son style, qui se veut désaltérante par sa quasi-sècheresse en bouche et son taux d'alcool peu élevé. Les anglais les appellent "session beer" et leur apposent une limite d'alcool avoisinant les 4,5%. Les tchèques et les allemands en parlent moins; mais ils en boivent autant. Rares sont celles dans ces contrées qui dépassent 5,5% d'alcool en temps estival puisque le but de ces bières est de se rafraichir autant que de plaire aux papilles. Et nous en Amérique, que pense-t-on de ces bières que certains pensent "légères"?

Le houblon Saaz et L'Amère à Boire: une histoire d'amour
Photo d'Olivier Germain

Il y a à peine 3 ans, à L'Amère à Boire de Montréal, bastion de plusieurs styles de lagers, une bière sous la barre du 4% d'alcool était vu comme un défi à relever. Est-ce que la clientèle des brouepubs montréalais allait être assez ouverte d'esprit pour adopter ce projet ambitieux? Après tout, plusieurs amateurs de bières associent, faussement, une bière légère en alcool à une bière sans goût. Satanés grandes brasseries et leur eau des rocheuses alcoolisée... Après quelques mois de persévérance, L'Amère à Boire peut maintenant se vanter d'être une des premières brasseries artisanales du Québec à offrir à ces pompes une bière ultra-légère à tout moment. Elle se nomme, ironiquement, Éléphant. Quelle idée rafraichissante!

Souvent, le dégustateur croit que le degré d'accomplissement d'une bière est directement relié à son impact gustatif (voir Le piège de l'intensité, page 51 de notre livre pour une pensée plus élaborée sur le sujet). Pourtant ces bières dites légères, lorsque conçues avec soin, proposent autant de saveurs que leurs comparses plus costaudes. Il suffit d'être patient; c'est en prenant plusieurs gorgées qu'une bière de soif se dévoilera sur vos papilles. Un superbe exemple de ceci se nomme Basse Messe. Cette Kölsch du Dieu du Ciel! étale surtout des saveurs de malts pilsener lors des premières gorgées. Puis, le houblon poivré et herbacé point à l'horizon gustatif. Il s'empile tranquillement sur les papilles à chaque gorgée subséquente pour devenir une partie imposante du profil de saveurs. Peu de temps après, votre pinte est vide. Frustrant... Et difficile de ne pas en commander une autre. Qui sait ce qu'elle vous révèlera par la suite?

Luc Lafontaine et Jean-François Gravel de Dieu du Ciel!

Au Siboire, de Sherbrooke, une autre bière menue devrait apparaître à l'ardoise sous peu (si ce n'est déjà fait au moment où vous lisez ces lignes). La MinIPA présentera des saveurs de houblons du nouveau monde, bien citronnées et résineuses, dans un corps plus longiligne qu'une India Pale Ale. Cette blondinette titrera seulement 4%... Mais son impact gustatif en fera sûrement jaser plus d'un.

D'autres brouepubs commencent à concocter des bières de soif de façon régulière. L'Albion à Joliette et sa magnifique Bitter représente un des exemples les plus inspirants. La Succursale, tout nouveau brouepub de l'est de Montréal, joue dans des platebandes similaires avec sa Petite Côte et sa Radschläger. Le Benelux nous a brassé dans les derniers mois une belle Cigogne, une Pilsener, et une Mild Mild Ouest, maltée comme une Mild anglaise mais houblonnée avec des houblons du nouveau monde. Toutes titrent moins de 5% d'alcool et sont si satisfaisantes qu'une deuxième pinte est quasi-inévitable. Que c'est beau l'été.

Une pinte de la Bitter du Albion ne vous fera jamais perdre l'équilibre

Et vous, est-ce que votre brouepub ou microbrasserie préférée vous propose une bière de soif de grand calibre?


11 juin 2011

Mondial de la bière : alors, ce nouvel emplacement?

Terne Place Bonaventure



Comme vous le savez sans doute, 2011 marquait le déménagement du Mondial de la Bière vers la Place Bonaventure. Exit les réjouissances extérieures, sous l’ombre des gratte-ciel du Mille Carré Doré. Finis les bains de soleil comme les couchers de soleil en dégustant une Blanche Soleil ou une Midnight Sun Expresso Stout.

Plusieurs habitués ont reproché au déménagement de retrancher au Mondial son statut de coup de départ de l’été montréalais ainsi que de la saison des festivals qui l’accompagne sur le chemin de l’allégresse en mini-jupe.

Pour résumer les propos entendus de part et d’autre, le déménagement apporterait les avantages suivants :
- Espace plus vaste et circulation conséquemment facilitée
- Toilettes plus éparpillées sur le site
- Absence de fumée secondaire (mais aucun accès extérieur)
- Climatisation efficace rendant le festival moins dépendant de la météo


Mais aussi les désavantages suivants :
- Horreur de la salle d’exposition de la Place Bonaventure, triste vestige de l’ère architecturale du tout-béton
- Atmosphère froide découlant des murs grisâtres, de l’éclairage morbide et de la hauteur des plafonds
- Sonorité ambiante désagréable, portée sur les échos et réverbérations
- Accès moins intéressant et rapide pour les visiteurs spontanés, par exemple les travailleurs du centre-ville lors de leur pause du dîner
- Logistique plus compliquée pour les fumeurs

En somme, le déménagement est un changement et vous en apprécierez certains aspects alors que d’autres vous rebuteront. Reste à voir lesquels des éléments représentaient pour vous les attraits primordiaux du Mondial. De notre côté, nous acceptons ce changement avec sérénité. Ce qui a rendu le Mondial si efficace dans la réalisation de sa mission (rendre à la bière ses lettres de noblesse) est, à notre avis, la combinaison d’une offre de bières exceptionnellement vaste à un achalandage inégalé et croissant pour un festival de bières québécois. Le site de la Gare Windsor, si charmant fut-il, ne permettait plus d’accroître ni l’offre, ni l’achalandage et par ricochet, l’exposition du plus grand nombre à la bière de qualité.

Si certains décrient l’atmosphère désenchanteresse de la Place Bonaventure en clamant haut et fort qu’ils ne voudraient pas y passer plus de quelques heures à la fois, ce sont souvent les mêmes qui n’en pouvaient plus de mettre dix minutes à jouer du coude dans la foule afin de se rendre d’un kiosque à une autre à la gare Windsor et ce, dès l’après-midi. La Place Bonaventure représente le compromis le plus rapproché de l’ancien site. Stratégiquement nichée au coeur du centre-ville, elle permet de palier au principal problème qui accablait les dernières éditions du Mondial.

Le coeur du débat sur ce déménagement réside probablement dans le fait que nous avons été fort gâtés lors des premières éditions à la Gare Windsor. À l’origine, le superbe site contenait à merveille la foule déjà importante. Nous en sommes venus à associer Mondial et extérieur. En 2011, force est d’admettre que l’offre de festivals de bière québécois s’est grandement développée depuis l’apparition précoce du Mondial. Presque chaque année apporte son nouveau festival plus ou moins régional, que nous pensions à Gatineau cette année ou Québec l’an dernier, et rien n’indique que cette tendance s’estompera. Il appartient peut-être à ces nouveaux-venus de combler la demande pour des festivals convivaux extérieurs. Le Mondial est rendu ailleurs, ayant besoin d’un local plus traditionnel pour étaler son incomparable offre. Après tout, les plus grands festivals de bière du monde ont souvent lieu dans un quelconque palais des congrès local, que nous pensions au Great British Beer Festival de Londres, au Ølfestival København de Copenhague ou au Great American Beer Festival de Denver.

Éclatante Gare Windsor


Au demeurant, ce qui reste le plus rassurant est de savoir que, comme les organisatrices du Mondial ont certainement étudié en profondeur les avenues qui s’offraient à elles avant d’opter pour le déménagement de 2011, elles étudieront avec le même acharnement les commentaires et suggestions de leur clientèle pour faire converger leurs attentes avec les nouvelles contraintes géographiques auxquelles elles sont soumises. Les absents ayant toujours torts, il ne vous reste qu’à transmettre vos commentaires à l’organisation.

Longue vie au Mondial et à ses descendants.

6 juin 2011

Suggestions pour le Mondial de la bière - deuxième partie

Sans plus tarder, voici donc quatre autres catégories qui ont comme objectif de vous guider vers les meilleures bières du Mondial de la Bière, selon vos goûts du moment:

Top 5 « Bières de soif »

Pour cette catégorie, nous vous recommandons de prendre des échantillons doubles. C'est que ces bières, en plus d'être légères en bouche, dévoileront un subtil étalement de saveurs suite à plusieurs gorgées. Après tout, vous avez soif, non?

-Brouhaha Blanche Soleil (Montréal) : La Witbier belge a inspiré plusieurs brasseurs québécois et la Blanche Soleil est un des exemples les plus rafraîchissants du style. Coriandre et écorce d’orange rencontrent houblons épicés, un mariage effervescent dans un corps pétillant.   

-Hopfenstark Ostalgia Rousse (L’Assomption) : De sublimes malts toastés équilibrés par des houblons herbacés. Peu de bières exhibent autant de richesse grillée tout en demeurant désaltérante.

-Fyne Ales Jarl (Écosse) : Comme plusieurs brasseurs du Royaume-Uni, cette microbrasserie produit une panoplie d’ales de soif. Celle-ci est bien citronnée, grâce à son houblonnage généreux évoluant dans un corps presque sec, idéal aux grandes gorgées.

-Moonlight Death and Taxes (Californie) : Une bière de soif… noire! Cette lager présente des saveurs chocolatées dans un corps svelte équilibrés par des houblons boisés et subtilement citronnés. Parfait pour ouvrir l'esprit de quelqu'un qui pourrait avoir peur des couleurs...

-Stone Levitation (Californie) : Fertile en houblons du nouveau monde, voici une ale ambrée qui plaira à ceux qui ne peuvent se passer de parfums d’agrumes et d’amertume résineuse endémiques à la côte ouest américaine.

La cour arrière du restaurant de Stone Brewing au nord de San Diego est à couper le souffle


Top 5 « Liquoreuses et très sucrées »

-Aventinus Eisbock (Allemagne) :  La grande Aventinus Weizenbock, une des bières les plus complexes de Bavière, subit parfois une période de gel afin d’y concentrer ses sucres. Après quelques autres étapes cruciales, nous obtenons une bière capiteuse, emplie de saveurs de fruits séchés, de caramel et de levures au profil épicé, phénolique.

-Boquébière Acéro (Sherbrooke) : Une création unique, ce nectar repousse les limites de la bière. La gazéification est quasi-absente, les saveurs de sirop d’érable dominent les céréales et l’alcool réchauffe le gosier à chaque gorgée. Si vous préférez le miel au sirop d’érable, l’Apico, une autre création hybride du Boquébière, vous sera aussi mémorable.

-Kuhnhenn Barrel-Aged Fourth Dementia (Michigan) : Toffee, vanille, et bourbon évoluent dans un corps gargantuesque, gorgé de sucres résiduels et d’alcool. La décadence liquéfiée; voilà une des forces de la brasserie Kuhnhenn.

-Dogfish Palo Santo Marron (Delaware) : Réglisse, noisettes et figues sont enlacées par les malts caramel de cette ale forte vieillie en barils de Palo Santo paraguayen. Quelques malts rôtis ferment la marche, accompagnés par une légère sècheresse boisée.

-Cheval Blanc Triple Bock (Montréal) : Un festival de malts de type Munich, cette Triple Bock ronde comble toute papille en recherche de desserts élégants. Les céréales caramélisées abondent dans ce profil de saveurs doux et langoureux.

Éloi Déit, maitre-brasseur du Cheval Blanc
Photo de Johann Schlager


Top 5 « Herbacées et florales »

Les bières de cette catégorie ne contiennent pas nécessairement des herbes ou des fleurs. Ce sont plutôt des bières qui présentent un profil rappelant une verdure et les bouquets de fleurs, souvent le résultat d'un judicieux mélange de houblons.

-Jandrain-Jandrenouille IV Saison (Belgique) : Les houblons poivrés et citronnés de cette Saison wallonne survolent des levures aux allures de pâte à pain, construisant un bouquet vivace, complexe et rafraîchissant.

-Southampton Cuvée des Fleurs (New York) : Ici, les parfums floraux proviennent de la lavande, de la camomille, de la marguerite dorée et de la rose sauvage utilisées aux côtés des houblons. Le tout est supporté par des céréales miellées et une gazéification piquante. Merveilleusement différente.

-À l’Abri de la Tempête Terre Ferme (Iles-de-la-Madeleine) : Des céréales biscuitées propulsent herbes, fleurs et agrumes d’une harmonie telle que les saveurs individuelles sont difficiles à dissocier. En plus, elle n'est jamais lourde, invitant de grandes gorgées.

-Super Baladin (Italie) : Fleurs et agrumes séchés grouillent sur un lit de pâte d’amande, créant une pâtisserie liquide des plus surprenantes. Un profil de saveurs qui nous faire presque croire à une promenade dans un souk du Moyen-Orient.

-Trou du Diable P’tite Buteuse (Shawinigan) : D’inspiration belge, cette blondinette désaltère grâce à des houblons herbacés et citronnés soutenus par des esters de bananes et des céréales croquantes. Un autre chef d'oeuvre d'André Trudel, maitre-brasseur du Trou du Diable.

Un festin en entrée au resto-pub du Trou du Diable


Top 5 « Belges brunes et épicées »

-Broadway Pub Don Juan (Shawinigan) : Muscade et coriandre sont liées par des céréales caramélisées et des esters fruités dans cette bière forte d’inspiration belge. Profitez aussi de votre visite au kiosque du Broadway pour leur parler de leur succursale en devenir à Grand-Mère…

-Gouden Carolus Noël (Belgique) : Un profil de saveurs semblable à la bière précédente, avec ses tons de réglisse saillants, son zeste d’orange et son clou de girofle se prélassant sur un coussin malté richement caramélisé. Bref, une bière qui donne le goût de célébrer Noël toute l’année.

-Rochefort 8 (Belgique) : Le corps feutré de cette rutilante trappiste développe des notes de dates medjool, de chocolat et de prunes réchauffés par un jet d’alcool. Le côté épicé de ce grand cru provient surtout des levures et de leurs conditions de fermentation, même si un soupçon de coriandre fait partie de la recette.

-Allagash Four (Maine) : D’inspiration monastique, en voici une qui dévoile un profil épicé grâce à ses levures et à ses houblons nobles. Poivrée et fruitée, sa chaleur d’alcool équilibre un corps riche, soutenant des sucres résiduels suaves.

-Charlevoix Dominus Vobiscum Double (Baie-Saint-Paul) : Effervescente et chaleureuse, voici une autre bière forte québécoise inspirée de la Belgique. Anis étoilé, coriandre, poivre, raisins secs et clou de girofle ne sont que quelques-uns des parfums que vous pourrez percevoir en la dégustant.




Bon Mondial!


Pour notre premier article de suggestions, cliquez ici

2 juin 2011

Suggestions pour votre Mondial de la Bière - première partie

Dans quelques jours, les yeux du monde de la bière se fixeront sur Montréal et ce, pour presqu’une semaine. C'est que Le Mondial de la Bière nous présentera comme à son habitude une carte des bières  à en faire rougir la grande majorité des festivals du genre sur la planète. C’est tout simple; nous pouvons compter sur les doigts d’une main les festivals de bière au monde qui présentent autant de bières différentes d’autant de pays. Qui plus est, la sélection du Mondial est judicieuse; même les voyageurs les plus aguerris (titre auquel nous aspirons joyeusement) y trouvent à chaque année plusieurs bières qu’ils n’avaient jamais pu déguster auparavant.

Dans le but d’aider tous ceux qui ne savent où donner de la papille devant ce choix ahurissant, nous avons décidé de vous dresser, en deux parties, une liste de bières à essayer à tout prix. Question de vous aider à cibler les bières qui risquent de vous plaire le plus selon vos goûts personnels, nous allons aussi catégoriser ces bières selon leurs saveurs, leurs objectifs et/ou leurs ingrédients principaux.

Finalement, dans un souci de variété, nous mentionnerons une brasserie qu’une seule fois dans nos listes. Évidemment, la majorité des brasseries choisies possèdent des bières qui pourraient se retrouver dans plusieurs de nos catégories. Mais bon, un des buts du Mondial étant de faire découvrir un grand nombre de produits, nous jugeons bon de vous trimbaler d'une brasserie à une autre. Du pure sadisme, avouez...


TOP 5 "Houblons du nouveau monde"

Toutes ces bières mettent en valeur des houblons cultivés sur la côte ouest américaine, en Nouvelle-Zélande ou en Australie. Règle générale, ce sont des bières aux arômes envoûtants d’agrumes et de fleurs, se terminant en une amertume bien résineuse, longue en bouche. Pour en apprendre plus sur le sujet, lisez nos articles ici: #1, #2, #3.

 N.B. La fraicheur des brassins est primordiale lorsqu'on goûte à de telles bières. Reste à voir si les brasseries étrangères ont pu nous envoyer des India Pale Ales assez jeunes malgré le dédale bureaucratique imposé par notre SAQ…

-Central City Red Racer IPA (Colombie-Britannique) : Une des rares India Pale Ales canadiennes à pouvoir faire compétition avec les sud-californiennes en terme de fraicheur aromatique. Celle-ci vient en canette, une très bonne idée pour protéger le dit parfum houblonné (le houblon réagissant négativement aux sources de lumière).

-Benelux Sabotage (Montréal) : Unique en son genre, cette bière laisse toute la place aux houblons du nouveau monde. Agrumes à gogo, du début à la fin, où une amertume résineuse s’installe sur le palais pour y rester. Miam.

Photo de Johann Schlager

-Maui Big Swell IPA (Hawaï) : Une autre superbe India Pale Ale, peut-être un peu plus caramélisée et toastée que les deux précédentes. Une autre canette aussi, toujours afin de protéger ce beau houblon de la lumière nuisible.

-McNeill’s Ruby Extra Amber Ale (Vermont) : Cette ale ambrée sur-houblonnée de Centennial possède une base maltée bien différente des trois précédentes. Son profil de saveurs est aussi plus terreux et boisé, comptant toujours le bouquet fruité et floral décrit précédemment.

-Ballast Point Sculpin IPA (San Diego): Une des plus saisissantes India Pale Ales des Etats-Unis, mais surtout pas parce que c'est la plus intense du lot. Des malts légèrement toastés et miellés servent de coussins pour l’explosion houblonnée décrite ci-dessus. Pas trop sucrée, bien aérée, facile à boire; un pur délice multi-houblons.

Le "homebrew shop" de Ballast Point possède une ardoise des bières mieux garnies que bien des brouepubs du continent



TOP 5 "Richement chocolatées"

Ici, nous avons choisi de regrouper plusieurs types de bières qui se veulent à prédominance chocolatés. Vous remarquerez qu'aucune bière dans notre sélection est brassée avec du chocolat. Toutes les saveurs obtenues proviennent des malts d'orge torréfiés.

-Great Divide Yeti Imperial Stout (Colorado) : Ce Stout Impérial plaira à tout amateur de dessert capiteux au chocolat noir. Les saveurs rôties abondent aussi se fondant dans une amertume boisée, résineuse. On frise la décadence.

-Dieu du Ciel! Libre Échange (Montréal) : Cette toute nouvelle création du brouepub original de Dieu du Ciel! sur la rue Laurier impressionne autant que les classiques Déesse Nocturne, Péché Mortel et Aphrodisiaque. Modelée d’après les Foreign Export Stout, elle se veut très chocolatée, mais aussi bien fruitée.



-Smuttynose Robust Porter (New Hampshire) : Impossible de se tromper avec le Robust Porter de cette brasserie d’exception. Riche sans être lourd, complexe mais facile à boire, cette ale noire se différencie des deux précédentes entre autres grâce à son profil caramélisé plus avenant.

-À La Fût Bête Noire (St-Tite) : Avoine croquante, orge rôtie et houblons verts sont de concert dans ce Stout rond et persistent. Une des plus belles recettes mettant en valeur le malt d'orge québécois.

-Lambrate Imperial Ghisa (Italie) : Si vous aimez les malts chocolatés tout en étant en quête de saveurs peu communes dans les Stouts, cette Ghisa est peut-être pour vous. Très fumée et boisée, elle se veut un formidable accompagnement à une pièce de viande rouge cuite sur le grill (par exemple).

Le pub de Lambrate à Milan demeure une des expériences les plus conviviales de la planète-bière, surtout à l'apéritivo



Lundi prochain, on continue avec non moins de quatre autres catégories, parmi lesquelles vous verrez notre Top 5 "Bières de soif" et notre Top 5 "Liquoreuses et très sucrées"...