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4 mai 2011

Le 5e anniversaire du Benelux, ou la révélation d'un trésor



Dans le temps de crier brettanomyces, la terrasse installée sur le coin des rues Sherbrooke et Jeanne-Mance s'est vue remplie samedi dernier d'assoiffés de bières de qualité. La raison? L'équipe du Benelux, brasserie artisanale montréalaise, s'était encore une fois surpassée en dressant le menu qui célébrait son cinquième anniversaire. 

La carte des bières, d'une variété rarissime dans les brouepubs d'Amérique du Nord, coupait le souffle. D'ales expérimentales - comme un succulent Barley Wine vieilli en fût de Merlot et fermenté avec des levures sauvages - à des lagers de soif impeccables (quelle belle Cigogne!), en passant par des Pale Ales et India Pale Ales houblonnés de cultivars du nouveau monde (Nelson Sauvin, Citra, Amarillo, Riwaka), on ne savait plus où donner du palais. Quelques-unes provenaient de casks - servis par gravité - d'autres de bouteilles, d'autres de fûts traditionnels. Décidément, tout amateur y ressortait comblé, même ceux qui s'avouaient incapables de prononcer brettanomyces. 


Une tulipe de Zoot, l'élégante Tripel du Benelux


Depuis quelques années déjà, toute papille curieuse remarquait que la qualité générale des bières de Benoit Mercier côtoyait souvent l'excellence. Mais aujourd'hui, nous sommes forcés de louanger davantage. Une tendance à l'assèchement de certains styles, produisant par exemple des textures belges de plus en plus authentiques, ainsi qu'une utilisation juste de levures sauvages et un raffinement dans la clarté des saveurs des bières plus douces, nous poussent à affirmer que le Benelux devient un incontournable dans le nord-est de l'Amérique. 

Suite à la dégustation du menu de bouteilles spécialement conçues pour l'évènement, nous voulons maintenant, avec l'aval de plusieurs attablés autour de nous samedi dernier, défier les acteurs principaux de cette brasserie artisanale. Nous voulons un grand cru du Benelux en bouteille, pour la maison. L'Ergot, tiens? Ou la Sabotage? La Strato peut-être? Plusieurs au menu seraient enchanteresses. Le Benelux est exactement le genre de brasserie exceptionnelle qui pourrait faire rayonner davantage le Québec sur la scène internationale, aux côtés des Dieu du Ciel!, Trou du Diable, Microbrasserie Charlevoix, pour ne nommer que celles-là. Allez, on ne peut pas garder un trésor chez nous si longtemps; il faut partager...

À la santé du Benelux, qui mérite de briller encore longtemps!

8 oct. 2010

La Sabotage, du Benelux, à Montréal


Le Benelux avait déjà séduit l’amateur de houblon avec plusieurs de ses IPA et autres créations qui ont contribué à élever le niveau de l’offre de breuvages houblonnés dans la métropole. Cependant, à l’avis de l’auteur de ces lignes, nous atteignons ici un sommet encore jamais envisagé par un brasseur québécois. Cela risque d’engendrer une belle progéniture.

Style : La Sabotage cadre dans les balises du style India Pale Ale, ces bières chantant à pleins poumons les gloires aromatiques et amérisantes du houblon. Elle se distingue toutefois du lot en évitant l’usage parfois abusif des malts caramels qui rendent plusieurs IPA québécoises plutôt sucrées et rondes, réduisant ainsi la buvabilité. La Sabotage mise plutôt sur des malts de type pilsener, accordant un piédestal au houblon néo-zélandais Nelson Sauvin. Il en résulte un inventif feu d’artifices d’arômes houblonnés.

Disponibilité : Le premier brassin est toujours en service au pub de la rue Sherbrooke, seul endroit au monde à l’offrir! La réception positive devrait certainement encourager la direction à ne pas saboter cette sabotage de ses plans futurs.

Le coup d’œil : L’opacité blonde pâle revêt une spectaculaire tour d’ivoire se métamorphosant en une généreuse dentelle qui couve (oui oui, couve!) les parois du verre au terme de chaque gorgée.


Photo de Danny Duchesneau

Le parfum : Des fruits exotiques de toutes les couleurs parcourent un champ de fleurs avec confiance. Difficile d’élire un chouchou. Serait-ce le pamplemousse? La mangue? Le sauvignon blanc? L'ananas? Tous sont surdoués et enjoués.

En bouche : Les délicats malts pâles offrent un support exemplaire tout en cédant l’avant-scène aux aguichants parfums fruités du loquace Nelson Sauvin. Des notes de conifères, le pin notamment, qui étaient moins évidentes au nez se joignent à la procession.

La finale : L’amertume ne devient jamais agressante. L’effervescence vigoureuse revigore le palais à chaque gorgée et nous nous vengeons en enchaînant les gorgées rapidement.

Accords : Pour l’amateur de houblon, c’est là une bière passe-partout. Les possibilités d’accord sont limitées dans l’enceinte du Benelux, mais elle se suffit en elle-même.

Pourquoi est-ce un grand cru? : Cette pinte réussit le tour de force de nous faire voyager à Portland, Oregon où ce type d’IPA franches, sèches et sans détours caramélisés figurent à la carte de chacun des nombreux broue-pubs de la ville. Cette contrée demeurait inexplorée au Québec.

Si vous avez aimé, essayez aussi : InsPirAtion du Siboire (QC), India Pale Ale du Brouemont (QC), India Pale Ales sèches, sans caramel et teintées d'houblons du Nouveau Monde.

6 oct. 2010

Les houblons du nouveau monde, au parfum du jour (3e partie)


André Trudel, maître-brasseur du Trou du Diable, dit avoir attendu longtemps avant de nous offrir une Saison. Pourquoi? « Puisque c’est mon style préféré », m’avait-il répondu. Vous comprendrez alors qu’il ne voulait tout simplement pas se contenter de nous présenter une « bonne » Saison. Il voulait épater la galerie. Patience et travail ont porté leurs fruits et, il y a quelques mois, il nous a dévoilé sa Saison du Tracteur, une bière de type Saison mais houblonnée généreusement du cultivar Simcoe. En plus d’être un chef d’œuvre d’équilibre, cette ale représente un des plus beaux exemples de ce houblon scintillant de fraîcheur. Des agrumes en arôme se métamorphosent en une amertume herbacée, épicée et terreuse. Captivant du début à la fin.

Le Pacific Gem est un autre houblon qui commence à se frayer un chemin chez nos brasseurs québécois. André le met en valeur, entre autres, dans sa Chose, une ale forte qui se veut la rencontre des styles Scotch Ale et Double IPA. Lorsque vous recevrez votre verre, portez attention aux saveurs de cette bière après la déglutition. Le filet caramélisé des malts d’orge s’épanouit sans retenue jusqu’à ce qu’une amertume bien particulière s’installe sur la langue. Un généreux sapinage s’étale effectivement sur le fond de la bouche, n’attendant qu’une prochaine gorgée afin d’être enduit derechef de profondes saveurs sucrées. Cette amertume forestière fait partie de la signature du Pacific Gem.



Benoit Mercier, créateur des bières du Benelux, à Montréal, travaillait une nouvelle India Pale Ale depuis quelque temps. Celle-ci allait mettre en valeur le houblon néo-zélandais Nelson Sauvin, évoluant sur une base de malts pilsener allemands (donc très doux). Eh bien, cette IPA -- la Sabotage -- est maintenant en service! Et quelle bière… sans doute une des plus impressionnantes expressions du Nelson Sauvin que nous ayons eu la chance de goûter. Le parfum est tout en fruit, passant de l’ananas à la poire, du raisin blanc au pamplemousse. Impossible de ne pas y plonger le nez à répétition pour vérifier et revérifier si nos narines font défaut. Benoit a d’ailleurs mis la main sur une variété de cultivars néozélandais, alors nous vous sommons de rester aux aguets, une fois que vous aurez découvert sa sublime Sabotage, évidemment.



Vrai, il est encore difficile de profiter de cette tendance émergente dans le monde de la bière nord-américaine. Ces houblons sont souvent méconnus des brasseurs et leurs propriétés aromatiques bien développées en surprennent plus d’un; il est donc pratiquement impossible de les utiliser dans une bière existante. Leurs profils seraient changés à tout jamais. Cependant, si un brasseur désire bien s’inspirer de ces arômes novateurs (au lieu d’utiliser des épices dans une blanche belge, par exemple), davantage de nouvelles créations verront sûrement le jour dans les bars et brasseries du Québec. Si vous voulez une autre preuve à l'effet que ce mouvement prend de l’ampleur, marchez vers Le Cheval Blanc, un brouepub pionnier au Québec. Éloi Déit s’y amuse ces jours-ci avec une ribambelle de houblons du nouveau monde. Sa Saison, par exemple, a récemment été décorée de Sorachi Ace (un cultivar japonais) et de Citra, les deux proliférant les allusions aux agrumes. Impossible de se lasser d’un menu aussi rafraîchissant que celui du Ch’val.

Cliquez ici pour lire le premier "Les houblons du nouveau monde, au parfum du jour"

Puis ici pour le deuxième article sur le même sujet.