4 nov. 2010

Où vont les prix de la bière? (partie 1 : la demande)

Il n’y a que quelques années, les bières artisanales demeuraient un phénomène marginal. Et les phénomènes marginaux, nous en avons vu passer d’autres. Grosso modo, ils s’insèrent dans l’une des deux catégories suivantes : les modes éphémères et les industries en croissance. Il ne fait plus de doute raisonnable que la bière artisanale a su tailler sa place au sein du deuxième groupe.

Comme témoins à la défense, les microbrasseurs appellent ces bonnes vieilles statistiques. (Effectivement, les statistiques ont confirmé qu’elles-mêmes n’étaient plus à considérer comme un phénomène marginal dans tout exercice de masturbation intellectuelle digne de ce nom)

En 2009, les microbrasseries occupaient une part de marché de 4,3% des ventes en volume, mais 6,9% des ventes en dollars. Ce chiffre croît à un rythme de croisière digne de l’économie chinoise tandis que les ventes de l’industrie de la bière incluant les méga-brasseries sont en déclin.

Source : Brewers Association

Qu’est-ce que tous ces chiffres signifient? Que la quantité demandée augmente. Si vous ressortez vos connaissances économiques rouillées, vous serez attristés d’induire que le prix de la bière augmentera. Pour le meilleur et pour le pire, ce n’est pas si simple que ça. Vous souvenez-vous du fameux ceteris paribus de vos cours d’économie? C’est ici qu’il entre en jeu. TOUTES CHOSES ÉTANT ÉGALES PAR AILLEURS. Une belle maxime pour élaborer des théories qui simplifient la réalité, mais la réalité refuse de se conformer aux modèles.

Les heureuses statistiques de croissance de l’industrie des microbrasseries supportent effectivement une hausse des prix de la bière, mais dans la réalité, l’offre et la demande évoluent selon une logique dynamique. L’offre de bière ne restera pas stable.

Pour mieux saisir le portrait, il est pertinent d’explorer les facteurs qui font évoluer l’offre et la demande de bière.

Principaux facteurs faisant varier la demande de bière

Démographiques et économiques

Portrait : La population augmente légèrement à chaque année, principalement à cause des immigrants. Le salaire moyen augmente aussi, mais environ au rythme de l’inflation si bien que le pouvoir d’achat reste stable. Il y a un bassin de consommateurs qui croît, mais certainement pas à un niveau pouvant supporter la croissance actuelle de l’industrie. Par ailleurs, les microbrasseries n’existaient pas il y a 40 ans et nos prédécesseurs ont eu la triste malchance de grandir sans connaître la jouissante variété de saveurs que le monde de la bière pouvait leur offrir. Plusieurs ont donc développé des habitudes de consommation labbatiennes et/ou molsonaises dont ils peinent à se départir. À long terme, ces gens représenteront une fraction de plus en plus mince de la population.

Conclusion : pousse la demande (et les prix) à la hausse, mais lentement

Sociologiques

Portrait : La bière a la cote et jouit d’une exposition médiatique croissante, sans quoi d’illustres inconnus comme Les Coureurs des Boires n’auraient sûrement jamais été aperçus à la télévision. On compte de plus en plus de gastronomes et la bière artisanale représente un produit complémentaire puisqu’elle se base sur les mêmes soubassements : la recherche du bon goût.

Conclusion : entraîne la demande (et les prix) à la hausse et rapidement

Prix des substituts

Portrait : Si le prix moyen du vin doublait tandis que celui de la bière demeurait stable, il y a fort à parier que plusieurs consommateurs se tourneraient vers la bière. On ne peut toutefois pas dire qu’il y ait une tendance spectaculaire à ce niveau. Néanmoins, la bière que nous consommons est généralement produite ici contrairement à son substitut principal, le vin. Or, la force du dollar canadien pousse le prix des vins importés à la baisse. D’un point de vue moins rationnel, j’ai aussi l’impression qu’on trouve de plus en plus de bons vins à des prix pouvant concurrencer la bière en SAQ. (moins de 10$)

Conclusion : incite la demande à la baisse, mais faiblement

D’autres facteurs pourraient être invoqués, mais globalement, nous retirons de cet exercice qu’il existe une pression haussière sur la demande.



Maintenant, il faut se pencher du côté de l’offre avant de craindre une inlassable spirale vers le haut des prix de notre breuvage favori, mais ce sera pour une prochaine intervention!

Pour lire la partie suivante de ce dossier:
Où vont les prix de la bière? (partie 2)

2 commentaires:

René a dit…

La micro-économie, c'est simple à comprendre quand c'est bien expliquée.

Goldorak a dit…

Pour un dimanche matin de lendemain de veille, c'est quand même assez facile à digérer!!